L’estimation de projets web est une partie de bataille navale – Partie 2

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PARTIE 2

Visez l’exactitude, non la précision

L’exactitude signifie l’approche de la réalité, tandis que la précision représente la finesse d’une mesure. C’est la première qui est votre alliée, même si le client exige la seconde.

Toujours en conservant la comparaison avec la partie de bataille navale, vous savez qu’il y a 100 cases. Vous savez aussi que les 7 navires nécessitent 23 coups au total (minimum) pour en venir à bout. Vous savez aussi (et c’est là tout l’art du jeu) qu’inévitablement, des torpilles seront « perdues ». En tests, en compatibilité, en recherche, en contraintes techniques, en délais de communications et de validations… et c’est normal. Si faire un site web était aussi simple, aussi aisément planifiable… des robots les feraient! Le but de personnaliser un projet est justement d’impliquer des personnes, d’obtenir leur créativité et leur flexibilité.

Se commettre

Combien demanderiez-vous de torpilles si on vous posait la question: Il t’en faut combien pour gagner cette partie? Oseriez-vous un chiffre fixe, optimiste: 30? Ou mathématiquement, vous doubleriez les coups minimaux nécessaires croyant à une stratégie prudente, donc: 46? Pourtant, la réalité de bien des projets correspond davantage à une plage de possibilités minimales et maximales.

La réponse réaliste serait de dire: Je crois remporter la partie en utilisant entre 40 et 70 torpilles. Mais une telle marge fait parfois peur: elle laisse l’impression d’une incertitude, donc d’un amateurisme. C’est pourtant une telle intervalle de valeurs qui demeure la plus exacte, donc plus réaliste qu’un chiffre unique. Car même si ce montant fixe est rassurant, il coupe en revanche autant la flexibilité de réorientation du client que votre flexibilité de développement.

Il sera à vous de voir si la transparence de la plage d’exactitude est utile à révéler (sous forme de phases multiples proposées, ou carrément de phase préliminaire d’analyse: à première vue ça pourrait aller jusqu’à 70 mais si j’obtiens 20 torpilles pour débuter, je réévaluerai la quantité nécessaire par la suite).

Utopique? Je vous comprends. Mais c’est pourtant la réalité. Si après 20 torpilles 4 navires sont coulés, votre stratégie pourra alors être raffinée… réestimée. Votre créativité dans la recherche de solutions alternatives, connaissant davantage le terrain, pourra bénéficier autant au client qu’à vous. La phase d’analyse terminée, le client aussi pourra réajuster ses objectifs selon les résultats préalablement obtenus.  Lui aussi bénéficiera de ces nouveaux horizons!

Cette avenue de « plage d’estimation » est donc non seulement plus près de la réalité, mais plus flexible aussi.

Plusieurs estimateurs

En théorie, les grands projets ont davantage de ressources humaines (développeurs) que les petits, vous devez savoir tirer profit de cette diversité.  Demander à plusieurs personnes de donner leur estimation personnelle permet non seulement de prendre conscience de l’expertise de chacun, mais surtout de s’assurer que les chiffres vont converger.  En effet, si les trois développeurs s’entendent (sans se consulter) sur la durée de développement de la phase X à 10% près… vous pouvez vous douter que vous êtes sur la bonne voie.  Par contre, si les chiffres recueillis sont dispersés, il faudra peut-être voir à diviser cette tâche en plus petites parties ou à tout le moins, y accorder une attention particulière: des aspects ont peut-être été négligés dans cette partie que certains voient et d’autres pas!

Conclusion

Rome ne s’est pas faite en un jour – aussi, devenir un « bon » estimateur demande du temps, du travail et de l’amélioration constante.  Cela demande surtout que le processus d’estimation (et par extension, du projet lui-même) ne se dégrade pas sous les pressions externes!  Un cadre de projet doit être suivi et respecté surtout vers la fin, là où la date de livraison se rapproche et où les intervenants tentent tous à la fois d’ajouter leur dernier grain de sel.

Mais d’abord et avant tout: donnez-vous du temps pour bien estimer vos projets.  Documentez vos projets passés ainsi que les marges d’erreurs obtenues en comparant leur estimation initiale et leur durée finale.  Ciblez également les causes des débordements!

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